Malacca, dans le clair-obscur de la San Pedro émerge un monde à part
- Charles
- 22 juil. 2024
- 2 min de lecture
Les années passent et ne se ressemblent pas. L’an dernier pour la réédition de la San Pedro, la communauté eurasienne avait tiré quelques ris pour ne pas dire que les voiles furent carrément affalées. Cette année ce n’est pas la grande voile, toutes vergues déployées, etc., mais il y a eu quelques efforts louables par rapport à l’édition 2023.
Des Eurasiens me soufflent à l’oreille que « ce n’est pas plus mal de se concentrer sur l’aspect sacré » ou encore « c’est un retour aux sources, à la simplicité ».
Peut-être est-ce aussi en raison d’un manque de financement. L’explication demeure trop courte, la rue Tan Cheng Lock, la plus huppée de Malacca a bien renoncé à la traditionnelle fête des fantômes affamés faute de participants.
Mais qu’importe, un Portugais hilare — non-pardon un Eurasien, il se considère plus Eurasien que Portugais selon ses propres mots — ne va pas par quatre chemins. « D’année en année, les bateaux sont de moins en moins travaillés, ce qui compte c’est la San Pedro ! » Lui-même est fils de pêcheur, son père poussait les croisillons en bambous associés à un filet pour capturer les crevettes, une activité disparue avec la poldérisation à outrance de Malacca. Plus de mangroves, plus de hauts fonds boueux, plus de crevettes ; ne cherchez pas plus loin, Malacca a littéralement tourné le dos à la mer.
La pêche en tant que profession n’est plus viable, même si les barques sont toujours présentent au Potuguese settlement c’est plus un « loisir », — le mot est peut-être trop fort — qu’autre chose.
D’ailleurs mon interlocuteur a quitté depuis longtemps Malacca, la pêche ne l’a jamais tenté. N’empêche pour rien au monde il ne rate la San Pedro, la famille, les amis, les racines…
Les racines justement, quelle définition donnée au terme « ethnie » ? Un mélange de langue, le « cristao » (créole mi-portugais, mi-malais a priori), une religion « le christianisme », des traditions « Noël, la san Pedro », une histoire, celle de Afonso de Albuquerque en l’occurrence, succinctement évoquées dans un post précédent annonçant la san Pedro 2024 et un je ne sais quoi d’indélébile qui liera tout cela ensemble.
En attendant une définition exhaustive de ce terme fourre-tout d’ethnie, la san Pedro c’est une grand-messe, une procession avec encensoirs et tout et tout, la bénédiction des navires, puis la fête.
Enfin bref, Malacca évolue. Dans ce clair-obscur où un vieux monde se meurt tandis que le nouveau se cherche encore, se cache non des monstres, mais une culture mi — asiatique, mi — méditerranéenne unique qui participe à l’unicité de Malacca.
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